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Allocution Fine remise des sabres

PARRAINAGE 1976 - 1977

Allocution prononcée le 20 novembre 1976
par l’Elève Officier d’Active de FORVILLE,
Fine de la Promotion “Capitaine de BELSUNCE”

Messieurs les Grands Anciens des Promotions «Général AYME» et «Maroc et Syrie»

Messieurs les Anciens de la Promotion «Extrême-Orient».


Votre journée aux Ecoles vous a sans doute donné l’impression que l’Elève Officier d’aujourd’hui est choyé, que les conditions de notre formation, dans ce petit paradis, sont bien différentes des vôtres. Ne vous fiez pas aux apparences, car, si les structures ont évolué certes, l’esprit est resté le même. Comme auparavant je pense, on cultive ici la volonté de l’Elève depuis les travaux dits d’intérêt général, jusqu’aux exercices de combat, en passant par la pompe pour laquelle l’intérêt que chacun y porte a besoin d’être largement entretenu par nos chefs. Mais, dans ce domaine, nous ne faisons que perpétuer une sorte de tradition que bon nombre de Promotions ont connu, vous vous en rappelez sûrement.

Malgré notre connaissance fugitive du corps de troupe, nous éprouvons une certaine appréhension face la carrière d’Officier que nous apercevons déjà à COETOUIDAN. C’est pourquoi, par nos contacts d’aujourd’hui, l’expérience dont vous avez bien voulu nous faire part, les conseils d’Anciens que vous avez eu la gentillesse de nous transmettre, je souhaite que nous nous trouvions tous confortés dans notre volonté de servir.

Je me fais le porte-parole de mes camarades, pour vo us assurer de notre fierté d’être les filleuls de Promotions qui ont payé un lourd tribut au service du Pays, de Promotions pour qui le sacrifice suprême n’a pas été un vain mot.

Si la belle cérémonie qui nous a réuni au Musée du Souvenir fut très émouvante pour chacun d’entre nous, soyez certain que l’Appel de vos camarades Mort pour la France ne nous a pas laissé indifférents, que beaucoup d’entre nous ont également ressenti ce vide dans vos rangs.

Votre présence nombreuse aujourd’hui nous prouve que, malgré les sacrifices que vos Promotions ont déjà consentis, vous accordez une grande importance à venir nous transmettre les traditions et l’idéal qui caractérisent le Corps des Officiers. Votre présence, Mesdames, montre bien que le métier d’Officier n’est pas incompatible avec une vie de famille, que la noblesse d’un idéal n’a de valeur que s’il est partagé.

Messieurs les Anciens, permettez-moi, pour terminer, de vous remercier infiniment, de vous souhaiter, encore une fois. un heureux séjour parmi nous dans nos Ecoles, de vous persuader que nous suivrons votre exemple. que nous servirons comme vous l’avez fait pour que vous n’ayez pas à rougir de la Promotion Capitaine de BELSUNCE .



Allocution Prononcée le 23 Octobre 1976 par le Général de Division LAURIER
à l'occasion de la remise des sabres

à la Promotion ‘Capitaine de BELSUNCE’ de I’E.M.I.A.


En écoutant tout а l’heure l’évocation du Capitaine de BELSUNCE dont votre promotion porte désormais le nom, je me revoyais 32 ans en arrière avec le corps expéditionnaire en ITALIE, dans les ABRUZZES et sur le GARIGLIANO. A cette époque, le sentiment profond de tous les officiers, sous-officiers et tirailleurs était qu’il fallait que l’Armée Française reprenne sa place auprès des Alliés, non pas comme une Armée de second rang, mais comme une Armée qui n’ayant perdu ni ses qualités de hardiesse, ni son sens du sacrifice, allait forcer le destin pour retrouver le chemin qui mène а la victoire.

Le Capitaine de BELSUNCE fait partie de cette cohorte d’officiers qui offrant le sacrifice de leur vie n’avait qu’une pensée au coeur, celle de la libération de notre pays - que ceci soit profondément ressenti par vous qui aujourd’hui, au milieu de 53 millions de Français, pouvez vivre en toute liberté.

C’est bien de cela que le Général CLARK, commandant la 5ème Armée, voulait porter témoignage en adressant ce télégramme au Général JUIN, commandant en chef du Corps Expéditionnaire : «vous êtes en train de prouver а une FRANCE anxieuse dans l’attente, que ‘Armée Française a conservé comme sacrées ses plus belles traditions guerrières. C’est un honneur que d’avoir vos troupes dans le cadre de la 5ème Armée.»

Mon général, je vous remercie de m’avoir donné l’occasion et l’honneur de revivre ce soir, la période la plus exaltante de ma vie - celle que j’ai connue et vécue comme jeune sous-lieutenant commandant un groupe franc.

Aussi, si vous le permettez en m’adressant а vos jeunes élèves officiers, je voudrais leur parler du commandement des hommes - ce pour quoi ils se sont engagés.

Mes amis, vous avez déjа assumé des commandements а votre niveau et vous en avez tiré une expérience certainement enrichissante. L’année d’école qui vient de commencer doit vous permettre de vous interroger sur ce thème et vous fortifier dans votre vocation et votre résolution de réussir vos actes de commandement.

Il en est du verbe «commander» comme du verbe «gouverner» : les interprétations, vous le savez sont variées - Au gré des circonstances et suivant le moment, «commander c’est prévoir» - «commander c’est décider» - ou encore «commander c’est agir» - «commander c’est séduire». Je vous laisse le libre choix d’adopter une formule, ou d’en trouver une autre, me permettant simplement d’ajouter quelques considérations а ces remarques très générales.

Personnellement, je crois que le commandement n’est pas une science, mais plutфt un qui s’apprend difficilement - «Art simple » qui comme la guerre, est d’exécution - véritable talent. Et comme tout talent c’est un don des fées qui, toutefois, peut se perfectionner par l’exercice, par la pratique ou par différentes recettes. Les meilleures se puisent dans l’expérience, vécue, de préférence sur le terrain, dans la réalité quotidienne.

Vous avez, vous aurez, chacun votre marque personnelle, votre style de commandement. A vous de le connaitre en ayant constamment le souci de l’améliorer.

C’est pourquoi il me parait difficile, dans ce domaine de communiquer aux autres le fruit de son propre savoir, tant l’exercice du commandement s’adressant avant tout а des hommes, est lé aux circonstances et а la situation du moment.

On ne commandera pas demain comme aujourd’hui - Déjà aujourd’hui on ne commande plus comme hier, car les hommes - la jeunesse en particulier - ont changé. Le style de commandement, comme l’éloquence, subit lui aussi sa mutation.

Il existe cependant des règles qui ne peuvent être transgressées.

Les Français n’exécutent bien que ce qu’ils ont compris. Pour cela il leur faut des chefs d’une compétence sans faille sur le plan technique et aussi sur le plan opérationnel. Cette capacité demande des efforts continus, et suppose un travail de recyclage constant qui s’exerce en particulier dans le domaine de la culture générale.

Dans un de ses premiers livres le Général de GAULLE parlait de la culture générale comme de la véritable Ecole de commandement.

Vous découvrirez, peut-être avec surprise, que votre ascension dans la hiérarchie s’accompagne avant tout, d’un surcroit de labeur, et qu’en gravissant les différents échelons, vous serez de plus en plus, si vous avez compris le véritable sens de votre mission, le «serviteur des serviteurs». Et ceci m’amène а vous parler d’une autre qualité - la générosité -. Générosité qui vous fait commander avec discernement, et sans démagogie, en faisant appel а tout ce que vous avez en vous de persuasion et d’enthousiasme communicatif. Les vrais chefs ont toujours su exposer aux soldats leur motif d’agir et les rendre complices de leur manoeuvre. «Je fais mes plans de bataille avec les rêves de mes soldats endormis» disait Napoléon.

A cette qualité doit s’ajouter une vertu fondamentale, la Foi dans son pays, sa mission, son destin, comme dans le rôle qui nous est confié, quelque soit notre niveau, ou notre échelon. Une foi vivante, conquérante, tournée vers l’avenir pour stimuler et entrainer tous ceux qui, а nos côtés, se sont fixés les mêmes objectifs. Une foi qui répudie le doute et renonce aux charmes du scepticisme.

Si vous ne croyez pas de tout coeur, de toute votre âme, dans la cause que vous servez, comment demander aux autres, vous le chef, de combattre et peut-être de mourir pour elle.

Je crois que ce sont des paroles comme celles lа que vous aurait adressées le Capitaine de BELSUNCE. Homme de devoir, homme d’action, homme de caractère, il vous montre le chemin.

Soyez dignes de lui et tournez vous résolument vers l’avenir. C’est en connaissant votre résolution, cette vertu dont DESCARTES, en son discours sur la méthode disait qu’elle se place entre ces deux vices que sont l’indétermination et l’obstination, que je vous souhaite bonne chance.

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